Fiction

Mirer au mirage

car-mirror-699356_1920Les éclats de verre éparpillés çà et là m’effarouchaient. Ce qui vient de se passer est un phénomène qui me laisse sans voix. Ma tranquillité habituelle fut troublée, toute la pièce envahit par le parfum du martyr. Ce tir imparable brisa la glace entre mon reflet et moi, va-t-il enfin sortir du miroir ?

C’était quand même le comble ce matin, quand finit de me laver le visage, mon regard se perdit dans le sillage de celui que me présentait le miroir. Jamais je n’aurai su que du calme, le bouillant en était le reflet. Jamais je n’aurai su que la haine pouvait être le reflet de l’amour et que de nos surfaces tant polies se cacheraient des fonds rugueux. Scintillant au fil du temps, le miroir de la vie s’occupera de nous révéler notre pire moi. Mais moi, mes mois n’étaient que des métamorphoses d’un signe annonciateur. Lequel ?

Nous vivions dans une campagne et le petit café de l’autre côté du rivage rassemblait quelques têtes à la recherche d’un peu de chaleur humaine. Avec le temps, l’isolation a refroidit tant d’élan vers l’autre, il n’y avait que devant notre miroir qu’on avait de la compagnie. Mais pas que, car ce matin je pris encore la direction du petit café. Une routine née chaque matinée.

Près de la rive se situait une petite mare limpide qui retint toute mon attention. Regard insipide qui en avait marre des mystères s’approcha à coup de pas nonchalant. Je voulais savoir et je fus servi. L’eau ne dégageait rien de particulier en cet instant, mais c’était juste une question de temps. J’avançai ma tête pour voir de plus près, la surface de l’eau fut troublée. Pour moi c’était anodin, je n’avais pas besoin du génie d’Aladin pour m’expliquer ce qui se passait. J’ai eu tort la seconde d’après.

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Un silence criard engloutit l’endroit, je pouvais entendre en sourdine le sang battre dans mes oreilles. Après que l’eau fut troublée, s’en est suivi un tarissement progressif de toute la mare. On aurait dit qu’elle m’empêcha de voir mon reflet. Que cachait-il ? Ne me ressemblait-il pas ? Serait-il plus bourru ? Ou bien c’était plutôt moi qui l’apeurais ? La mare laissa place à un tintamarre de question en moi. Ce qui se passera dans la pièce ne fut qu’une suite logique.

Je laissai tomber l’idée d’aller au café. Je rebroussai chemin vite fait suite à cet évènement peu habituel. Sur les sentiers de retour, mon air hébété coïncidait avec le dernier enjouement qui s’émiettait en moi. Aurait été possible que je sois un fantôme ambulant ? Je me précipitai dans la chambre, seul le miroir pouvait apporter une réponse nette.

Dans la pièce, j’eus raison de ne point m’approcher du miroir, de loin j’aperçus mon reflet, mais il était d’humeur menaçante. On aurait dit un chien enragé dépourvu de sa laisse. Les habitants de cette campagne auraient tout parié que cela n’aurait jamais été moi, surtout me voir poings serrés, sur le point d’asséner un coup à quelqu’un ou  à un objet. Pourtant, c’est ce que fit mon reflet . Le tir ne laissa aucune chance à la survie du miroir.

 Moi, j’ai quand même survécu aux éclaboussures de verres. Je sortis de la pièce sans savoir où me rendre, dans ma tête, l’image fumante de ce que j’aurai pu être. Ça, c’était invisible aux yeux de ces rares passants qui me dépassaient admiratif. Il n’y avait qu’à regarder leur façon de s’évader quand ils me fixaient dans les yeux. Peut-être qu’à travers mes pupilles ils se voyaient, mais suis-je un bon miroir ? peut-être que mon idéal n’est qu’un mirage.

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