Fiction

L’ex poire

excl1L’espoir fit place au désespoir dans ce tribunal d’instance où la sentence se devait d’être à la hauteur de ce procès intense. Le regard du juge m’est familier, mais il n’augurait rien d’hospitalier. Les minutes passées dans cet endroit clos, une éternité qui refusait d’être au passé. Quant à elles, les séquelles auxquelles je m’attendais ne sont au final qu’un sarcasme préquel. Si le bruit de ce gong et celui qu’a fait mon cœur à l’instant où ces paroles parvint à mes oreilles : < accusé levez-vous > rime, c’est que j’ignorais bien le crime.

Au cours de mon existence, j’ai appris au côté des moments. Le cours de mes sentiments chutait et rechutais comme si je me faisais évaluer dans une bourse à Wall Streets ou autres. Pourtant, la panique ne se saisissait point de moi car je pouvais changer à tout instant la physionomie du marché. J’en avais la compétence ? Toutes les tendances me donnais perdant. Moi, maitre de mes jouissances vivait la clémence des regards croisés ; des regards qui justifiaient encore ma présence un temps sou un peu au milieu de ce beau monde.

Dans ce tribunal qui n’a rien de subliminal, j’avais le sentiment intime d’être le seul maitre à bord, prenant les différentes décisions au gré de mes convictions et de mes analyses qui enlisent les uns et cristallisent les autres. J’étais une sorte de conscience sans en être moi-même conscient.

Depuis mon siège haut au-dessus des autres, je m’offrais une belle vue de la salle, et tous les regards convergeaient sans doute vers moi. Ma conduite exemplaire m’a valu cette place, mes idées allaient toujours dans le sens de la droiture. A la sortie des divers jugements que je rendais, la fierté était mon partage, je contribuais à la bonne marche sociale, rétablissais un équilibre et menais les individus à une bonne image de soi-même.

Tout ça c’était avant, car maintenant moi-même, où se trouve ma place ?

Maintenant je ne décide plus seul, tant d’influence et de présence supplémentaire. Je ressentais cet envahissement de plus en plus et ma notoriété s’effritait sans que le pouvoir d’action ne me soit permis. Ces gens-là avaient leur droit de regard sur ma vie, ils conditionnaient mes prises de décisions, ils pouvaient être partout : au quartier, à l’école, au service voire en famille. Qui leur avait donné cette permission ?

Alors je faisais de mon mieux pour qu’une copie de moi avec moins de fautes soit le plus visible. Des fautes pour lesquelles ces gens sont aux aguets, prêt à tirer sur toi. À ce qui parait eux, leur vie est exemplaire, ce sont des agneaux, des anges. Le comble c’est que mon sort se retrouve suspendu à leur jugement.

Dès cet instant, j’aperçus une esquisse de sourire sur un visage. Le jugement du jury était l’idéal ? Je n’en revenais pas que ces gens-là soient aussi au tribunal. Ma connaissance obsolète en droit fit taire en moi toute appréhension faste et néfaste. Je me livrais juste à l’observation, un spectateur du procès. Un rôle du moins provisoire et aléatoire, car les sièges dans ce tribunal pouvaient s’inverser d’un moment à un autre.

D’ailleurs je devrais partir ou même fuir. La fuite serait-elle appropriée ? Faire face à ma plus grande peur m’effarouchait, celle de ne jamais affronter une réalité salvatrice. Avais-je envie de ce salut ? Le rigorisme me menait droit dans l’indécis, ce que je m’imposais était sans merci. Nul ne pouvait remblayer toute ces blessures entaillées un peu partout sur mon corps. C’est ce qu’il cherchait à comprendre ?

Pourquoi m’accusez-vous alors pour le mal que je me suis fait à moi-même ? J’avais raison de vouloir choisir la fuite ? Car maintenant mon siège me parait un gros piège sur lequel je me suis assis sans y réfléchir. Dans la pièce, les regards se tournèrent vers moi, inutile de regarder autour de moi, j’étais le seul spectateur qui s’intéressait à ce procès. Pourquoi ça me tenait à cœur ? Je ne savais pas.

L’évidence fut cette sorte de danse que mimaient ces regards, un accomplissement certain à leurs yeux éperdu de pitié et d’aucune affection. Dès cet instant mon instinct su que j’étais perdu. Encore un moment rempli de leçon. L’hameçon frappait la vue, ils n’avaient pas besoin d’appât puisque je suis venu de mon propre gré.

Malgré que tout l’effort consenti par ma personne fut de réussir à bien faire, sans aucune rature qui puisse causer une égratignure à qui que ce soit, me voilà dévoilé sur un nouveau siège : celui des accusés.

Cela vous parait-il insensé ? Rien n’avait de sens désormais. Seul moi prenais tout un autre sens. Maintenant, je devais me lever car la fin s’approche, ce que je fis avec aisance et beaucoup de complaisance. Le poids des deux gardes à la porte prêt à m’emmener jeta un effroi absolu sur ce dernier regard à leur direction. La sentence braquait encore plus ses yeux sur moi.

Mais dommage pour ces gardes, le verdict de ce jugement m’appartiens. Peut être que je suis mon propre juge? L’avenir ne me fera plus fléchir.

Publicités

3 commentaires sur “L’ex poire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s